Si tu découvres ce blog avec ce billet, prends quelques minutes à la fin de ta lecture pour découvrir le Campus et toutes les ressources complémentaires qu'il t'offre en accès libre en cliquant ici.

Mercredi soir, j’étais à mon atelier de Communication Non-Violente

Depuis deux séances, nous étudions le chapitre 7 du livre de Marshall B.Rosenberg « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) », chapitre sur le thème de l’empathie. Mercredi, j’ai vécu une sorte de déclic dans la compréhension et l’application de ce mécanisme et hier soir, pendant une conversation privée avec une amie via Facebook, j’ai réellement eu cette sensation d’avoir ouvert les fenêtres et ça, grâce à la mise en pratique de l’écoute empathique telle que je l’ai désormais comprise.  Je ressors émerveillée de ces dernières 48h où j’ai pu d’abord travailler la CNV avec mes compagnons de route du mercredi soir, puis la mettre en pratique hier soir et constater à quel point elle permet de libérer la parole et les coeurs. Simone Weil disait :

La capacité à accorder son attention à quelqu’un qui souffre est quelque chose de très rare et de très difficile. C’est presque un miracle. C’est un miracle. Parmi tous ceux qui pensent posséder cette capacité, rares sont ceux qui l’ont.

Avant la lecture et la « digestion » de ce chapitre, je pensais sincèrement avoir cette qualité, du moins le plus souvent. Je pensais être, de façon générale, empathique avec les autres. Lorsque que quelqu’un me disait ressentir une émotion négative par exemple, comme de la tristesse ou de la frustration, j’accueillais volontiers cette émotion, je la reconnaissais à voix haute. Je « validais » en quelque sorte le fait que quelque soit l’émotion ressentie, elle avait le droit d’exister. Et que la personne qui la ressentait avait le droit de l’exprimer. Avec un adulte, j’essayais ensuite de l’aider à trouver des solutions, ou de le rassurer, ou je lui donnais mon opinion sur ce que je venais d’entendre en essayant de ne pas y mettre de jugement. Je pouvais ressentir assez fortement l’émotion vécue par mon interlocuteur, me l’approprier, et lui dire ensuite que je le comprenais. Avec mes enfants, j’accueillais l’émotion sans jugement, même quand il fallait entendre un « je te déteste ! » envoyé par ma petite de 5 ans très en colère face à une frustration née d’une interdiction, et essayais ensuite de guider vers une autre forme d’expression. Moins violente par exemple, pour que l’émotion ait toujours le droit d’exister mais qu’elle s’exprime dans un cadre qui ne soit pas violent pour les autres. Je pensais donc, être dans l’empathie dans ce genre de situations.

A la lecture du chapitre, que j’ai relu 4 fois d’affilée pour bien assimiler la prise de conscience qu’il amenait en moi, et parce qu’il me révélait enfin pourquoi certaines tentatives de CNV avec mes enfants notamment se révélaient un échec, j’ai compris que ce que je faisais n’était pas de l’empathie. C’était en réalité de la SYMpathie, à laquelle pouvait se mêler de la compassion. Ce sont deux attitudes tout à fait bénéfiques au demeurant, mais j’ai compris désormais qu’elles ne répondent que rarement au réel besoin premier de la personne que nous avons en face de nous. Ou du moins, qu’elles ne doivent intervenir qu’une fois la phase EMpathique actée et terminée. Dans son livre, Marshall B.Rosenberg définit très clairement ce qu’est l’écoute empathique, que l’on peut résumer ainsi :

  1. Ecouter de tout son être : pour être dans l’écoute empathique, il faut faire le vide de son mental, déposer tous ses préjugés et tous ses jugements, et être en conscience dans le moment présent.

L’écoute exclusivement auditive est une chose. L’écoute intellectuelle en est une autre. Mais l’écoute de l’esprit ne se limite pas à une seule faculté – l’audition ou la compréhension intellectuelle. Elle requiert un état de vacuité de toutes les facultés. Lorsque cet état est atteint, l’être tout entier est à l’écoute. On parvient à saisir directement ce qui est là, devant soi, ce qui ne peut jamais être entendu par l’oreille ou compris par l’esprit.

Tchouang-Tseu, philosophe chinois. 

2. Porter entièrement son attention sur le message de celui qui nous parle, sans se préoccuper de ce que nous ressentons nous-même en l’écoutant, et lui accorder le temps et l’espace nécessaire pour exprimer son émotion en totalité et ainsi se sentir vraiment compris. Rosenberg résume ce deuxième point par un précepte bouddhiste : « Ne te contente pas d’agir, sois-là ». Il nous explique la frustration que peut ressentir une personne en émotion face à quelqu’un qui pense qu’elle a besoin de conseils ou d’être rassurée, quand souvent elle n’a besoin que de pouvoir « lâcher les ballons » et laisser sortir ce qui la tourmente au plus profond. A ce propos, faites un petit exercice de mémoire : n’avez-vous jamais vécu de situation où face à une personne qui vous parle de son émotion, vous avez conseillé ou exprimé votre opinion pensant l’aider, pour finalement obtenir une réaction parfois déroutante vous amenant à dire « j’essaye juste de t’aider » ? Moi oui. Et je comprends aujourd’hui pourquoi. Je n’étais pas dans l’empathie, tout simplement. Alors que j’étais persuadée de l’être, et que je ressentais du coup de l’injustice face à cette personne qui ne voyait pas que j’essayais vraiment d’être là pour elle.

3. En lien direct avec le point 2 ci-dessus, éviter les formulations qui nous empêchent d’avoir une présence suffisante : ne pas conseiller (« je pense que tu devrais… »), ne pas consoler (« Ce n’est pas de ta faute »), ne pas compatir (« oh mon pauvre… »), ou encore ne pas interroger pour obtenir une information (« quand est-ce que ça a commencé ? »). La liste est plus longue que cela mais c’est déjà un bon aperçu des écueils auxquels nous nous confrontons dans l’écoute empathique.

4. L’écoute empathique ne doit se focaliser que sur 4 éléments dans la parole de l’autre : ce qu’il observe, son ou ses sentiments, son ou ses besoins, et ce qu’il demande.

Pour réussir cela, la paraphrase est notre amie !

Il peut paraître bête ou inutile de reformuler ce que l’on vient d’entendre, mais cela a un double avantage : tout d’abord, on permet à la personne qui nous parle de réfléchir à ce qu’elle vient de dire. Et d’autre part, on lui permet de confirmer ou d’infirmer ce que l’on a perçu de ce qu’elle nous a dit, et ainsi d’aller plus loin dans son expression : si elle confirme, elle peut affiner son ressenti en détaillant. Si elle infirme, elle peut exprimer différemment ce qu’elle vient de dire pour que ce soit mieux compris. Exemple  :

« c’est incroyable franchement, il ne m’a toujours pas répondu ! »

Réponse non-empathique : « J’ai l’impression que ça te met en colère (validation en sympathie), je comprends. Mais ne t’inquiète pas, ça va venir » (on pense ici que la personne a besoin d’être rassurée, mais on n’écoute pas réellement l’émotion qui se cache derrière sa phrase).

Réaction probable : pas de baisse de l’émotion négative, qui peut même augmenter en sentant que nous n’avons pas compris ce que la personne ressent et pourquoi.

Réponse empathique : « es-tu en colère parce que la réponse met plusieurs jours à arriver ? ». C’est une paraphrase, mêlée d’une question incitant la personne à préciser son émotion, qui n’a pas été clairement énoncée au départ.

Réaction probable n°1 : confirmation -> « oui ! Ca m’insécurise de ne pas savoir !  » -> la personne a l’occasion de préciser ce qui l’anime. On peut alors continuer sur le même schéma, en rebondissant sur ce nouveau sentiment (l’insécurité) et en incitant la personne à préciser : « Tu aimerais avoir une réponse pour pouvoir t’organiser au mieux et ne pas tout faire à la dernière minute ? » « Oui ! C’est un tel boulot ce déménagement ! ». Etc etc.

Réaction probable n°2 : infirmation -> « non, je suis surtout frustré. J’ai besoin de cette réponse le plus vite possible » -> même scénario suivant, on creuse sur la base de l’émotion énoncée : « tu es frustré de ne pas savoir ce que tu dois faire en l’absence de réponse ? » « Oui ! Déménager ça ne s’improvise pas, surtout pour commencer à chercher un camion ! » -> et on creuse encore en fonction de la réponse.

Ceci peut paraître long et surtout peu naturel dans une conversation, que l’on enchaîne souvent avec rapidité et où personne ne nous a habitués à communiquer de cette façon. J’ai compris cette semaine qu’il ne peut y avoir d’empathie sans prendre le temps de trouver cette vacuité de l’Etre. Entrer en connexion avec l’autre est un processus qui une fois engagé, fait justement suspendre le temps. La totale concentration sur le message de l’autre nous place dans une situation presque méditative de pleine conscience.

Hier, lors de ma conversation avec mon amie, j’ai ressenti pour la première fois en 5 ans de réflexions et d’études sur la CNV ce sentiment de miracle évoqué par Simone Weil, et l’état de vacuité de mes facultés évoqué par Tchouang-Tseu. Au début de la conversation, préoccupée par la difficulté de mon amie, j’ai fait ce que je faisais d’habitude : entrer en SYMpathie, « valider » l’émotion, compatir. Puis donner des pistes, des idées de solutions. Et puis l’atelier et ma lecture du chapitre 7 étant tous frais, je me suis vue faire et j’ai très vite rectifié le tir. Mon amie a fini par me demander, après un bon moment de discussion sur ce mode d’écoute empathique, si j’étais voyante, ou télépathe, pour voir à ce point clair dans son message caché. Alors qu’il n’en est rien ! Mais pour la première fois hier je me suis mise en vacuité réelle, et alors qu’elle a eu la sensation que je lisais dans ses pensées, l’écoute empathique ne faisait que lui permettre d’exprimer son besoin le plus profond. Au final, ma disponibilité complète pour son message ne me faisait pas lire dans ses pensées, mais lui permettait de lire dans les siennes. Quelle émotion j’ai ressenti en constatant ça hier soir ! J’ai vécu une sensation de bien-être que je n’avais pas encore expérimentée. Un relâchement complet de mes propres tensions. Une bien belle expérience que cette conversation ! Je vous raconte ça avec mon propre ressenti, peut-être que pour mon interlocutrice ce n’est pas allé aussi loin que je ne le pense, elle seule pourrait le dire 🙂

Peut-on toujours être dans l’empathie ?

Je sais qu’il y a parmi  mes lecteurs beaucoup de parents, de jeunes enfants qui plus est. Et qu’il peut être d’autant plus compliqué d’être en empathie quand nous sommes fatigués, ou sur-sollicités par les besoins de nos bébés ou bambins. Effectivement il n’est pas possible d’être en empathie avec les autres si nous ne sommes pas en empathie avec nous-même. Rosenberg nous propose alors trois solutions :

  • Attendre pour parler, prendre le temps de respirer profondément et de faire un retour sur nous-même et ce qu’on ressent à l’instant précis, pour pouvoir ensuite l’exprimer aux personnes concernées.
  • hurler en CNV : en communication, ce n’est pas le cri qui pose vraiment problème, mais ce qu’il contient et vers quoi ou qui il est dirigé. Rosenberg donne un exemple tiré de sa propre vie familiale : un soir en rentrant d’une journée très éprouvante, il trouve ses enfants en train de se battre. A bout d’énergie mentale, il a crié, en disant ceci (je cite le livre) : « Ecoutez, je vais mal ! Je n’ai pas envie de m’occuper de votre conflit, je voudrais simplement avoir la paix et du calme ! ». Son fils de 9 ans a cessé de se battre avec son frère et lui a dit « tu veux en parler ? ». Son cri, bien que cri, était dénué de reproches envers ses enfants, il a juste énoncé ce que lui vivait intérieurement en étant témoin de la scène dans un grand état de fatigue morale. Un cri non CNV aurait été de dire (je cite toujours le livre) : « Non mais ça va pas non ? Vous ne savez pas vous tenir ? Je viens de rentrer et j’ai eu une journée difficile ! « . Dans ce cas, la responsabilité du malaise aurait été mise sur les enfants, ce qui est une attitude violente et injuste. En criant en CNV, on ne crie pas contre la personne à qui l’on parle, on crie contre notre propre souffrance, comme une soupape évacuant le trop plein qui permet d’attirer l’attention sur nos besoins.
  • Se retirer physiquement : quand la douleur intérieure est telle qu’on se sent incapable de se maîtriser, ou si la personne en face de nous est elle-même dans un état émotionnel intense, se retirer physiquement de la situation permet de faire le vide en soi, de réfléchir, et de revenir un peu plus tard dans un état d’esprit laissant la place à l’empathie.

Comment sait-on quel est le bon moment pour mettre fin à l’écoute empathique ?

La première manifestation que l’on peut passer à autre chose (rassurer, conseiller, consoler…) est le relâchement complet des tensions de la personne qui nous parle. Quand elle a le sentiment d’être entendue, le poids de son émotion disparaît. La seconde peut être l’arrêt de la parole de la personne qui avait besoin d’exprimer son émotion. Elle est allée au bout de ce qu’elle ressentait, et peut maintenant cesser de parler. La troisième, si l’on doute de couper court trop tôt, est simplement de poser une question : « y a-t-il autre chose que tu aurais besoin de me dire ? ».

Je tire un grand enseignement de ce chapitre 7.

Il y a une semaine j’ai passé une après-midi chez une amie qui manie l’empathie avec une facilité déconcertante. Devant chaque expression émotive de ses enfants, elle sait les guider pour qu’ils précisent leurs ressentis, qu’ils confirment ou infirment ce qu’elle dit, et qu’ils puissent ensuite passer à autre chose car ils se sont sentis entendus. Je me souviens, pendant cet après-midi, l’avoir observée à plusieurs reprises dans cette situation et m’être dit « mais comment elle fait pour que ça fonctionne à tous les coups ? » J’avais la sensation de mettre en oeuvre la même chose, pourtant de mon côté j’obtenais beaucoup moins de résultats. Maintenant, je sais. Ma vision de l’empathie était faussée, et j’en ai eu la preuve vivante hier soir en discutant avec mon amie dans une situation où j’ai vraiment appliqué l’écoute empathique. Pendant cette conversation j’ai du parfois prendre le temps de réfléchir à comment j’allais répondre, et d’analyser si ce que j’allais dire était bien dans le cadre de l’écoute empathique. C’est un processus qui demande des efforts considérables parfois, nous n’avons pas l’habitude ! J’ai hâte que mes enfants reviennent de chez leur papa lundi pour pouvoir expérimenter cela avec eux et voir ce qu’il se passe maintenant lors des moments difficiles.

Voilà pour ce très (trop) long retour sur la magie de l’empathie. N’hésitez pas à me faire partager vos ressentis et expérience sur ce sujet que je trouve passionnant.

A très bientôt !

Les différentes citations sont issues de ce chapitre 7. Vous trouverez le livre « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » de Marshall B.Rosenberg dans toutes les bonnes libraires proches de chez vous, ou sur internet chez Decitre, chez Cultura, ou sur Amazon

Vous avez aimé ce billet ? Partagez-le sur vos réseaux 🙂

Communication non-violente : la magie de l'empathie