Si tu découvres ce blog avec ce billet, prends quelques minutes à la fin de ta lecture pour découvrir le Campus et toutes les ressources complémentaires qu'il t'offre en accès libre en cliquant ici.

Comment on fait quand on évite le plus possible d’écouter de la musique parce qu’elle nous porte tellement qu’on ne peut plus rien faire d’autre, et qu’on peut passer une heure à danser au milieu de son salon les yeux ruisselants, en laissant tout en plan ? Quand on ne peut pas faire un concert sans réfléchir à ses gestes pour ne pas paraître trop dingue dans la foule ?

Comment on fait quand on rencontre des gens et qu’on a l’impression d’avoir le coeur qui explose avec tellement d’amour à donner, et qu’on rentre avec l’envie de dire à tout le monde que la Vie est une histoire de dingue ?

Comment on fait quand on a le cerveau qui ne se met jamais sur pause ? Une idée, c’est forcément dix autres qui viennent derrière, et encore dix autres, et encore dix autres. Et même la nuit, même dans les rêves, on continue de penser. Comment on fait quand on a qu’une seule Vie pour toutes les mettre en oeuvre ?

Comment on fait quand on rentre en phase émotive monomaniaque, et qu’on peut passer une semaine à écouter la même chanson en boucle, jusqu’à en connaître par coeur le moindre détail ?

Comment on fait quand on découvre quelque chose de nouveau et qu’on peut passer plusieurs jours presque sans dormir pour plonger dans cette nouveauté et l’absorber toute entière ?

Comment on fait quand on a l’impression d’être à mille à l’heure ? Que tout est trop ? Trop beau, trop dur, trop triste, trop merveilleux, trop violent, trop grand, trop doux, trop incroyable, trop fatiguant ?

Comment on fait quand on passe sa journée à contenir son hyper-sensibilité ?

Comment on fait quand on voudrait se remplir de tout ce qu’on trouve parce que notre curiosité n’est jamais satisfaite ?

Comment on fait quand on voudrait tout apprendre ?

Comment on fait quand on se souvient d’une voix 8 ans plus tard en l’ayant entendue seulement quelques minutes ?

Comment on fait quand on se souvient de toutes les tenues qu’on portait aux moment importants de sa vie, de la première sortie au cinéma en amoureux à l’entrée à la fac en passant par le Noël de ses 10 ans ou le concert de Sinsemilia ?

Comment on fait quand on se souvient du plan de l’appartement de sa maman quand on avait à peine deux ans ?

Comment on fait pour calmer ses sens qui ressentent tout à des degrés démesurés ?

Comment on fait pour construire une vie stable quand à l’intérieur on est comme dans une ruche ? Et que ça bourdonne, que ça bouillonne, que tout est source d’élan pour partir découvrir ? C’est tellement incompatible avec la vie bien rangée que la société nous demande d’adopter.

Je vais vous dire comment on fait.

D’abord, on cache.

Autant que faire se peut. On cache parce qu’on se rend très vite compte que pour les Autres, on est « trop ». Trop rapide, trop instable trop pensant.e, trop fatigant.e, trop imposant.e, mais aussi trop intimidant.e, trop attirant.e, trop sensuel.le, trop inaccessible, trop émotif.ve, trop sensible, trop extrême.

On cache.

On essaye, vraiment. D’ailleurs on se croit souvent anormal.e, on se demande pourquoi on ne parvient pas à se réguler comme le font si facilement les autres. Pourquoi tu n’arrives pas à garder un boulot salarié ? Et pourquoi tu n’arrives pas à te poser ? Et pourquoi tu es sans cesse en train de t’interroger sur ce qui t’entoures, de tout remettre en question ? Et pourquoi tu commences des études sans les terminer ? Et pourquoi ? Et pourquoi ? On finit parfois par se demander si on n’est pas, finalement, plus mauvais que les autres. Incapables d’être heureux et stables alors que tout le monde nous le dit : on a tout. C’est forcément qu’on ne fait pas d’efforts, ou qu’on se laisse aller, non ?

Si seulement c’était aussi simple.

Et puis un jour la Vie décide que c’est le moment d’envoyer les signaux de fumée.

Et là, sur ton chemin, elle place des gens, des lieux, des livres, des rencontres, des moments. Et là, tu sens une forme de pouvoir qui te vient du fond du ventre, comme une boule de feu que tu oses enfin tenir entre tes mains. Tu la regardes bien en face, et tu vois tout.

Tu vois enfin qu’elle ne demandait qu’à être accueillie depuis toujours, mais que personne ne l’avait vraiment vue, bien cachée qu’elle était derrière la belle armure d’enfant puis d’adulte, bien adaptés, que tu avais patiemment forgée pour ne pas brûler les Autres, et toi avec. Sans forcément y arriver d’ailleurs.

Et le même mot que tu croises maintenant partout : zèbre, zèbre, zèbre. Et les livres que tu lis, et les gens avec qui tu parles, et la Vie qui te dit d’oser, que c’est maintenant, qu’il faut y aller. Que tu peux te libérer, que c’est possible. Mais qu’il va falloir trouver les bonnes clés pour inventer ta nouvelle vie.

Toute cette vie à me demander pourquoi j’étais tellement « trop ». Tellement affairée à développer des protections contre tout ce qui se jouait dedans et dehors parce que je vivais tout trop fort. Tellement occupée à ne plus savoir où donner de la tête face au tsunami de pensées qui habite mon cerveau sans jamais un instant de répit. Tellement occupée à chercher une solution pour être comme tout le monde, avoir une vie normale, des relations normales, des envies normales, une situation normale. Alors qu’au fond de moi je ne sais pas faire ça et que ma vie à moi, elle me hurle de laisser la place à l’hyper intensité, sans attaches, sans limites de temps ni d’esprit.

Si j’aime, c’est sans limite. Si je donne, c’est sans compter. Je vis chaque nouvelle rencontre comme une expérience magique et à chaque fois, je me verrais bien déménager à côté de mes nouveaux amis pour aller au bout de nos échanges. Oui, vraiment, je me le dis souvent. Pas plus tard que pendant les vacances avec les enfants, pas plus tard que ce week-end, je l’ai encore pensé.

On pourrait croire que je suis amoureuse de tout le monde. J’ai moi même souvent l’impression d’être amoureuse de plein de gens en même temps. Quand je vis une histoire d’amour, l’enveloppe de mon corps ne suffit pas à enfermer l’explosion qui se joue dans mon coeur et dans ma tête.

Contenir tout ça demande une énergie démentielle, si vous saviez.

J’ai une reconnaissance infinie pour toutes celles et ceux qui m’ont ouvert les yeux cette année sur mes probables rayures de zèbre et particulièrement en cet été 2017 qui a été un festival de rencontres, d’amour, de bienveillance et de partages si profonds. Parce que maintenant, tout est plus clair. Et surtout, je sais que partout autour de moi, il y a d’autres âmes rayées, reconnues ou qui s’ignorent. Et que si le reste du monde peine à nous comprendre, ensemble nous pouvons nous élever très très haut.

Peut-être vais-je pouvoir commencer à vivre pleinement ce que je suis dedans. Et encore une fois, mon corps est trop étroit pour contenir le torrent émotionnel qui me saisit à cette idée. Mais au moins aujourd’hui, je sais pourquoi, et je sais qu’il n’y a qu’une chose à faire :

Le laisser couler, couler, couler.

Vous avez aimé ce billet ? Partagez-le sur vos réseaux 🙂

comment on fait ?