[CNV] Comment complimenter nos enfants et leur dire que nous sommes fiers d’eux ? #FestivalPourLecoleDeLaVie

Note : ce billet est le premier d’une série inspirée par les conférences et échanges vécus au Festival pour l’école de la vie. Mon objectif dans cette série de publications n’est pas de retranscrire ou de résumer ce qui s’est dit et vécu là-bas, mais plutôt d’ouvrir la réflexion et le débat autour des sujets évoqués, en fonction de mon propre vécu ou de ma philosophie de vie personnelle. Ces billets seront matérialisés dans leur titre par le hashtag #FestivalPourLecoleDeLaVie. Je vous invite à enrichir la réflexion en commentaires ! 

Nous souhaitons tous donner confiance en eux à nos enfants

Et pour y parvenir, souvent nous utilisons le compliment. Lors du Festival pour l’école de la vie de Montpellier le week-end dernier, j’ai eu la chance de passer un très long moment à discuter avec Jeanne Siaud-Facchin (psychologue clinicienne et auteure du livre Trop intelligent pour être heureux ? qui m’a ouvert les yeux sur de nombreux aspects de mon existence), sur le stand de son organisme Cogito’Z, autour de la notion de fierté et de comment la transmettre à nos enfants. Une discussion vraiment passionnante où ont trouvé place à la fois les sensibilités personnelles mais aussi le point de vue de professionnelle reconnue qu’est Jeanne Siaud-Facchin. Un homme qui participait à la conversation a posé la question du compliment, par exemple face à un dessin d’enfant. Cette conversation a également fait écho aux enseignements que je tire de ma pratique régulière de la CNV (Communication Non-Violente) lors de mes ateliers du mercredi. Comment donc, complimenter un enfant ou lui dire qu’on est fier de lui ?

La problématique du compliment

Il peut paraître superflu, ou exagéré, de s’interroger sur cette question, n’est-ce pas ? Un compliment est positif, il est donc forcément renforçant pour l’enfant, et participe évidemment à la construction de la confiance en soi. C’est ce qu’on peut légitimement penser quand on regarde cet acte qu’est le compliment fait à l’enfant. Je vous propose toutefois de creuser un peu plus subtilement le sujet et pour cela, je m’appuierai tout au long de ce billet sur ce dessin que Lou a réalisé la semaine dernière et sur la façon dont j’ai engagé les compliments sur sa création (et ma notion de fierté car j’ai été impressionnée par son imagination dans le cas présent)

Les ogres et les patates, dessin de Lou 5 ans
C est l’histoire d’une famille patate qui aimerait beaucoup réussir à pousser mais malheureusement, une famille d’ogres a décidé de s’installer juste au dessus d’elles et ils sont tellement lourds que les pauvres patates ne peuvent pas du tout sortir. Du coup elles sont assez contrariées. Elles ouvrent le robinet en mettant plein d’eau pour pousser plus vite mais rien n’y fait, pas moyen de pousser tranquilles ! (La mention « l’histoire créée par Lou » a été rajoutée à sa demande)

Ce que dit la CNV

En CNV, le premier principe posé comme un pilier de toute communication est la notion d’observation sans évaluation. Je vous renvoie à ce billet où j’en parle plus en détails mais pour résumer, l’idée est de toujours décrire objectivement ce que nous voyons, sans y mêler d’interprétation personnelle et sans y ajouter d’évaluation sur l’action et/ou la personne avec qui nous parlons. Le second principe fondamental est d’exprimer son ressenti : comment je me sens par rapport à ce que j’observe.

Dans le cas d’un enfant qui nous montre un dessin, le compliment systématique, que nous émettons avec la meilleure intention du monde à savoir valoriser l’enfant, ne donne au petit artiste que très peu d’informations, finalement, sur ce que nous pensons vraiment. Il ne lui dit pas, non plus, ce que nous avons réellement vu de son travail, et si nous nous y sommes réellement intéressés. La CNV nous donne quelques clés très utiles pour transmettre à la fois un compliment (lorsqu’il est sincère uniquement !), mais aussi pour montrer à l’enfant que nous avons réellement observé ce qu’il a produit et que nous avons à coeur de lui dire, honnêtement, les sentiments que cela nous procure.

Une façon très courante de réagir à un dessin d’enfant est de dire :

« C’est très beau ! « 

Cette formulation est une évaluation pure. Un jugement positif, mais un jugement tout de même, et tourné à la forme universelle. Ce dessin est très beau, dans l’absolu. Dans notre volonté de valoriser l’enfant, nous pouvons le dire même face à quelque chose qui est objectivement un gribouillage, pour lui faire plaisir. Cette tournure peut faire croire à l’enfant que de fait, tout le monde trouvera son dessin beau or, le jour où quelqu’un décidera de dire qu’il n’aime pas du tout, l’enfant peut en ressentir une grande incompréhension, voire une sensation de rejet importante qui peut nuire à sa confiance en lui. En disant « c’est très beau », on n’apprend pas à l’enfant que l’appréciation est une donnée subjective, mouvante, et que tout le monde n’est pas sensible aux mêmes choses.

Enfin, dans le cas où l’on dirait « c’est très beau » face à un gribouillage, on prend également le risque que l’enfant se dise qu’on se fiche pas mal de son dessin. En effet, très tôt et même quand il ne maîtrise pas encore les subtilités du trait, l’enfant sait quand il a gribouillé et quand il a dessiné avec une intention. Et ce, même si pour nos yeux d’adultes la différence n’est pas flagrante. Avec une remarque du type « c’est très beau » sur une production que l’enfant sait être un gribouillage, on lui envoie un double message : « je n’ai pas vraiment regardé ce que tu m’as montré », et « il n’est pas nécessaire que tu cherches à faire de ton mieux ».

Alors que dire d’autre ?

Décrire ce que l’on voit et ce que l’on ressent : le cas du dessin de Lou

Voici l’échange qui a lieu entre Lou et moi lorsqu’elle est venue me montrer son dessin :

« Regarde maman mon dessin ! »
« Ah oui ! Je te vois sur le même dessin depuis un long moment [1], je me demandais ce que tu dessinais ! Alors voyons voir. Je vois trois personnages avec des dents pointues, ce sont des monstres ? »
« Des ogres ! Une famille ogre : le papa, la maman, et l’enfant »
« Ok ! J’aime beaucoup l’expression que tu as donné à leur visage, on dirait qu’ils sont en train de ricaner ! [2] »
« Oui c’est parce qu’ils ont envie d’embêter les pommes de terre ! »
« Ah, ce sont des pommes de terre alors les cinq ovales jaunes ?! »
« Oui ! Et le rond rouge c’est une tomate qui s’est perdue »
« Ah ! c’est pour ça qu’elle a une mine pas contente du tout ?
« Oui oui »
« Je vois que tes pommes de terre n’ont pas l’air contentes du tout non plus, elles aussi sont perdues ? »
« Non, elles sont énervées parce que les ogres se sont mis juste au dessus d’elles et comme ils sont très très lourds, elles ne peuvent pas pousser »
« Et bien dis donc, je suis impressionnée par ton imagination pour ce dessin [3] ! Et alors, je vois aussi deux robinets, donc j’imagine que le bleu c’est de l’eau ? »
« Oui, les patates ont ouvert l’eau à fond pour pousser plus vite mais comme ça marche pas à cause des ogres qui les empêchent, l’eau remplit toute la terre ».
« Ok…Je vois également une fleur rouge et quelque chose qui ressemble à un arbre, c’est un arbre ? »
« Oui mais il est pas grand »

Faisons une petite pause pour préciser quelques passages :

[1] J’aurais pu dire « tu es très appliquée ». C’est une évaluation. Pour dire la même chose sans évaluer selon le premier principe de CNV, je décris les faits objectifs : ma fille est restée sur le même dessin pendant un long moment.

[2] J’exprime ce que je ressens à la vue des ogres, dont je trouve l’expression très réussie. C’est un compliment mais qui ne se limite pas à « ils sont super tes ogres ! » par exemple. En décrivant précisément ce que je vois et ce que je ressens, ma fille entend ce qui, dans son dessin, attire plus particulièrement mon attention. Elle se convainc aussi de sa capacité à dessiner des choses représentatives : j’ai reconnu l’attitude des ogres à leur expression.

[3] Second compliment. Là encore, j’aurais pu dire « tu es vraiment inventive », mais en CNV c’est une évaluation. En disant « je suis impressionnée par ton imagination pour ce dessin », j’exprime mon ressenti tout en envoyant un renforcement positif. Je ne parle également que de l’imagination dont elle a fait preuve pour ce dessin, ce jour-là. Implicitement, cela lui donne le droit d’être bien moins imaginative à un autre moment sur une autre production sans que cela ne remette en cause sa capacité générale à être créative : je n’attends pas d’elle qu’elle soit imaginative à chaque fois qu’elle prend une feuille et ses feutres !

Et si on n’aime pas du tout le dessin ?

Là encore la CNV nous offre des clés intéressantes. En décrivant objectivement, on peut de fait commenter le dessin même si l’ensemble ne nous emballe pas plus que ça. Par exemple, sur un dessin où les objets/concepts représentés ne nous plaisent pas mais où on trouve les couleurs agréables, on pourra dire « je vois une maison et un arbre…j’aime beaucoup le vert que tu as choisis ! ». Ou bien « Ce que je préfère dans ton dessin, c’est…. » (et éventuellement citer l’élément le moins « raté » si on trouve que rien n’est vraiment joli !). Et si vraiment on ne ressent rien d’autre qu’un profond désarroi devant la production artistique de notre chérubin, plutôt que de donner un « c’est très beau ! » pas très sincère, on peut tout de même valoriser le travail de l’enfant, toujours en décrivant objectivement les faits : « Je vois que tu as pris du temps pour faire ce dessin, ça t’a demandé un gros travail, bravo pour ta persévérance ! ».

Et la fierté, alors ?

La phrase « Je suis fier(e) de toi » pourrait mériter un billet à elle-seule, mais comme elle est une forme de compliment je préfère en parler ici. A mon sens elle pose deux problèmes :

  • « Je suis fièr(e) de toi » devient une forme de récompense qui apprend à l’enfant que sa motivation n’est pas à travailler pour lui-même, mais dans l’espoir de recevoir cette validation de l’adulte. Le risque étant, à force, que l’enfant ne fasse plus ses choix en fonction de ce qui est bon pour lui mais en fonction de ce que les autres attendent de lui pour lui renvoyer une image positive de lui-même.
  • On ne dit rien à l’enfant de ce que nous ressentons réellement : la fierté est une manifestation de l’égo. Lorsqu’on dit être fier(e) de quelqu’un, on s’approprie en quelque sorte sa réussite pour nous valoriser nous-même, alors que la valorisation devrait porter uniquement sur l’enfant et ce qu’il a accompli.

Que dire d’autre dans ce cas ?

Encore une victoire de la CNV grâce à l’observation des faits et l’expression des ressentis, auxquels s’ajoute le troisième principe de base : l’expression de nos besoins (ou de ceux de l’autre). Le schéma de base de ces trois principes travaillant ensemble pourrait être quelque chose de l’ordre de « quand je (te) vois réussir…….je suis tellement heureuse (ou « je me sens …… ») parce que……. »

Si l’on revient sur le cas des ogres et des patates, j’aurais pu lui dire que j’étais fière d’elle, car effectivement je trouve qu’en peu de temps elle a fait des progrès incroyables en dessin et que je la trouve plutôt très dégourdie pour son âge. Mais voici l’échange que nous avons eu suite à l’étude du dessin ensemble (pour poser le contexte, pendant longtemps Lou était frustrée dans ce domaine, car elle voulait dessiner mille choses mais ne parvenait pas à les retranscrire comme elle le voulait. Elle pouvait en pleurer de colère parfois, allant jusqu’à déchirer violemment ses feuilles. Il a fallu faire un travail de fond sur la notion de progrès, de persévérance, sur le droit à l’échec, en comparant des dessins antérieurs avec les dessins du moment sur la précision, le coloriage, etc).

« Vraiment Lou j’adore ce dessin ! Quand je te vois dessiner des histoires avec autant d’éléments et de détails, je suis vraiment contente, parce que je sais que tu avais très envie de réussir à dessiner toutes les histoires que tu inventes. Tu dois être heureuse aussi, de constater tes progrès ?! »
« Ah oui, parce que en plus maintenant dès que je pense à un bonhomme je sais presque toujours comment il faut le faire ! Et même si je veux dessiner un truc qui se mange ! »

Pour récapituler :

Quand mon enfant me montre son dessin, au lieu de faire systématiquement un compliment de type évaluation (« c’est très beau ») – ou parce que c’est le 36ème dessin de la journée 😛, je peux : 

  1. Observer et décrire objectivement ce que je vois, sans y ajouter d’évaluation (nombre d’objets, quelles couleurs, types de formes…)
  2. Exprimer ce que je ressens, énoncer les choses que je préfère
  3. Renforcer la confiance en lui de mon enfant en valorisant les qualités qu’il a du mobiliser pour réaliser son oeuvre.

De son côté mon enfant reçoit : 

  1. la certitude que je me suis intéressée à son travail
  2. la satisfaction de connaître les réactions que suscitent son travail chez moi
  3. la reconnaissance et la valorisation des efforts qu’il a fait pour y parvenir

Total : confiance en soi boostée à bloc !

Si vous découvrez la CNV par ce billet, vous devez vous demander ce que c’est que cette gymnastique cérébrale de dingue qui fait dire en 25 mots ce qu’on avait l’habitude de dire en 8. Rassurez-vous, en pratiquant ça finit par devenir très fluide. C’est un peu comme une langue étrangère : au départ, on cherche ses mots, on ouvre le dictionnaire toutes les cinq minutes et on a du mal à faire une phrase complète sans y laisser 5 fautes de grammaire. Pour la CNV, c’est la même chose. C’est effectivement une gymnastique cérébrale qui peut dérouter au départ, mais qui change vraiment beaucoup de choses au quotidien, avec les enfants comme avec les adultes, et qui mérite qu’on la travaille.

Bon, avouez qu’il est quand même trop canon ce dessin de la famille patate. Comment ça je suis pas objective ?!

A bientôt les amis !

Bon, là je suis fière mais ça ne concerne que moi, alors j’ai le droit 😛

 

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23 commentaires

    • Oui j’y étais les trois jours 🙂 (tu devais être bien loin des réseaux à ce moment là parce que j’ai pas arrêté de dire que j’étais là bas sur facebook et sur insta^^)

      • J’y étais aussi et je t’ai loupée aussi 😉 . Très dommage. Mais on aura l’occasion de se rencontrer, voisine ! 😉 Merci pour ce travail pour retranscrire les principes de la CNV dans un contexte intéressant auquel tous les parents sont confrontés. J’ai adoré aussi la conf’ de Jeanne. A bientôt Julie. Evelyne.

        • Moi je savais que tu étais là, je t’ai vue sur la liste des partenaires quand j’étais à la conférence de Conrad le vendredi soir, j’étais juste à côté du panneau devant 🙂 J’ai su du coup que tu couvrais les photos du festival mais même en te cherchant je ne t’ai pas croisée ! Il y avait tellement de monde en même temps, la journée du samedi c’était vraiment un truc de dingue ! En tout cas tu as fait de très beaux clichés !

  • Merci pour ces éléments que je trouve, comme souvent, très éclairants car concrets. Je connaissais ce principe de la CNV et éducation bienveillante de ne pas trop complimenter et de rester dans l’observation. Je trouve ce procédé assez froid et peu enthousiasmant, il ne correspond pas à l’idée que je me fais des rapports avec mon enfant et j’ai beaucoup de mal à l’appliquer. Ayant grandi dans un environnement familial où je n’étais jamais félicitée, où l’on n’était pas fier de moi car l’excellence était ce qui est été attendu, ce qui était normal, je ne souhaite pas reproduire les mêmes effets sur ma fille. Elle est donc félicitée, encouragée, soutenue le plus possible pour qu’elle se sente reconnue. J’observe ce qu’elle fait et tente de le décrire mais j’ajoute toujours un élément positif à son égard. Pour autant, j’observe une grande frustration chez ma fille quand elle ne parvient à réaliser ce qu’elle a en tête: elle souffre de ne pas pouvoir écrire les lettres ou dessiner sans faire de gribouillage (elle va avoir
    4 ans). J’ai beau tenter de la rassurer, lui expliquer la patience, la ténacité et la persévérance, elle se met une pression énorme pour réussir. Cela me désole car j’ai une sainte horreur de la compétition et de la réussite à tout prix. Mon propos n’est peut etre pas très cohérent, excusez moi.

    • C’est très cohérent Amandine, merci pour ce témoignage 🙂 Je retrouve bien Lou dans la description de votre fille, le seule conseil que je puisse vous donner est de continuer à l’accompagner dans ses frustrations et ses échecs, avec des mots du type « tu n’y arrives pas encore, tu as encore besoin de t’entraîner, mais tu es capable ».
      Pour le reste, effectivement le procédé est froid si l’on reste dans l’observation uniquement. Mais si on ne fait que de l’observation, on n’est pas dans la CNV (ni dans la bienveillance d’ailleurs à mon sens). Les principes 2 et 3 (exprimer ce qu’on ressent / exprimer les besoins) permettent justement d’aller beaucoup plus loin dans l’encouragement et la valorisation que les tournures classiques car on peut employer un vocabulaire de l’émotion très précis. En ce qui me concerne je m’extasie régulièrement devant les dessins de mes enfants (très sincèrement), en observant puis en disant ce que ça me fait, et en ne craignant pas l’intensité des mots que j’emploie. Je suis ainsi « impressionnée », « ébahie », je trouve les choses « tellement jolies », « si précises », etc. Observer sans évaluer ne signifie pas du tout que l’on se coupe de féliciter, encourager ou soutenir, bien au contraire. Simplement, on veille à ne pas étiqueter l’enfant (« tu es beau, tu danses bien, tu es créatif ») et à préférer les tournures subjectives (« j’aime quand tu danses », « j’adore te voir dessiner », etc). Est-ce que c’est plus clair ainsi ?

      • Comme vous l’indiquiez dans votre billet, il faut une certaine gymnastique mentale pour trouver les bons mots et les bonnes tournures. J’avoue être souvent gênée car je manque de vocabulaire pour exprimer ce que je ressens. Je suis bien incapable de réutiliser le type de phrase « quand je (te) vois réussir…….je suis tellement heureuse (ou « je me sens …… ») parce que……. » car je ne sais pas décrire ce que je ressens.
        J’extrapole un peu mais il m’est très difficile de reconnaître l’émotion que vit ma fille: colère, frustration, tristesse. Les pleurs et réactions vives me laissent bien souvent pantoises et si j’essaie toujours d’accueillir l’émotion, je me trompe surement souvent dans l’analyse de la situation!
        C’est pour cela que j’aime autant vous lire car vos articles sont longs et basés sur le concret. j’avoue beaucoup reprendre vos tournures de phrase pour les redire à ma fille (mais où est la sincérité dans ce cas la?… dur dur! 😉

        • Quand on débute dans un processus, on a toujours besoin de reproduire des exemples vus ailleurs, pour se les approprier ensuite et les décliner à notre propre manière, c’est tout à fait normal et c’est ce que je continue à faire sur certains points pour ma propre pratique ! Concernant l’identification des émotions, c’est effectivement la base de tout et il faut savoir le faire pour soi avant de tenter de le faire pour les autres, sinon c’est voué à l’échec. J’ai dans mon Bullet Journal deux pages recensant l’ensemble des mots français liés aux sentiments et états émotionnels, en positif comme en négatif. Cela m’a beaucoup aidée et m’aide encore, je les relis très souvent et cherche le bon mot quand je fais le bilan de ma journée ou quand je vis quelque chose d’intense pour mieux préciser mon ressenti. J’ai tiré cette liste du livre de Rosenberg « Les mots sont des fenêtres », que nous utilisons dans mes ateliers de CNV du mercredi, je vous le conseille !

  • Merci pour ce partage. Il s’agit surement d’une « déformation professionnelle » (je suis art-thérapeute) mais peut-être que nous pouvons aussi dire à l’enfant ce que nous nous voyons sur son dessin? Avec des mots simples. Par exemple quand Lou parle d’une famille d’ogres, peut-être que cela peut représenter sa famille? Les 3 personnages volent, ils n’ont pas envie d’être sur la Terre? Ils ne se sentent pas bien sur Terre? Pourquoi? Parce qu’elle n’est pas accueillante? Est-ce que les ogres n’auraient pas envie de « se poser » sur la Terre et ainsi se sentir accueillis? Si on leur enlève leurs dents, les personnages auraient un beau sourire? Bien sûr il faut que l’enfant soit ok avec tout cela et que ça « lui parle ». Les pommes de terre pourraient aussi être comme des pièces d’or qui sont sous terre, notre « valeur cachée ». L’eau et le bleu pourraient aussi parler des émotions de Lou, lorsqu’elle se sent submergée par les émotions et qu’elle n’a plus accès à sa propre valeur? La grosse masse de la Terre pourrait être une protection, les pommes de terre sont sous la terre, elles sont protégées mais elles n’ont pas l’air heureuse, elles ont envie de sortir et de s’épanouir? Peut-être que Lou aurait envie de transformer son dessin ou faire la suite du dessin? Je ne sais pas si mon commentaire a sa juste place, mais ce sont mes ressentis lorsque je regarde le dessin de Lou 🙂

  • On va s’essayer au compliment CNV ici alors 😉

    Je suis impressionnée par la clarté de tes billets CNV, il y a une belle fluidité entre, d’une part, l’aspect théorique et, d’autre part, la contextualisation par l’exemple. De plus, comme tu extrais tout cela de ton quotidien, on ressent bien l’authenticité de l’échange et j’y trouve de la motivation à apprendre un peu plus cette langue.
    Et puis c’est chouette de voir que Lou, en persévérant dans ses apprentissages, parvient à dessiner ce qu’elle désire et y prend du plaisir. Elle semble être fort créative, comme sa maman finalement 😉
    Merci Julie pour ces partages CNV, je prends beaucoup de plaisir à les lire !

  • Merci pour ce formidable billet parsemé d’exemples qui nous aide pour la pratique. J’ai une question concernant la fierté : peut on dire à l’enfant qu’il peut être fier de lui et des efforts fournis ? Merci pour ta réponse
    🌸

    • Merci Nadège 🙂 Je n’ai pas de légitimité psy pour affirmer ça donc je vais parler pour moi, en disant que oui je pense qu’on peut le dire. La fierté personnelle est une valeur élevée pour moi, je trouve très important de savoir reconnaître, affirmer et savourer ses compétences. En revanche, je vais apporter une petite nuance pointilleuse sur l’emploi du verbe « pouvoir » : à mon sens il faut utiliser autre chose. Tu « peux » être fier de toi revient, pour moi, à autoriser l’enfant à ressentir ça, et donc l’inverse serait valable aussi : tu ne peux pas être fier de toi. Or, le sentiment de fierté nous appartient, et si l’enfant est fier de lui pour une action donnée car il sait ce qu’il a du mobiliser pour y parvenir, ce sentiment n’a pas à attendre l’autorisation d’un adulte pour exister. Je ne sais pas si je suis claire ? Du coup, je formulerais plutôt quelque chose du genre « J’imagine que tu dois ressentir de la fierté ». Après, c’est ma conception de la chose, je ne sais pas ce que ça vaut en terme de neurosciences par exemple 🙂

      • Ah, merci pour cette suggestion de tournure, je cherchais par quoi remplacer « je suis fière de toi », et du coup je dis souvent « tu peux être fier de toi » à mon bonhomme de 3 ans et demi mais ça me chagrinait effectivement de lui « donner cette autorisation » alors j’ai dit une fois ou deux « tu dois être fier de toi » mais si le mot »doit était utilisé pour montrer mon impression il pouvait aussi être compris comme étant un ordre… Encore pire que « tu peux » ! Allez, à partir de maintenant « j’imagine que tu dois… » ! Et merci aussi pour l’article entier 😉 hâte de lire les suivants !

  • Merci pour cet article. Je suis en plein apprentissage de cette langue étrangère et je crois que c’est la plus compliquée que j’ai eu à apprendre 🙂
    J’ai commencé la lecture du livre de Marshall Rosenberg, il faut que je poursuive et je vais me faire des pages dans mon bujo lié à tout cela pour pouvoir relire mes notes aussi souvent que possible et besoin.
    J’aime beaucoup ton article car tu pars d’un exemple concret, qui me parle forcément ayant deux loulous qui multiplient les dessins à longueur de temps 😉 Au prochain dessin j’applique tout cela!

    • Merci Laurianne. Le livre de Rosenberg est vraiment une base exceptionnelle pour apprendre. Tu trouveras aussi pas mal d’outils sur le net (et mes billets pour les exemples concrets ^^). Prochainement, tous mes abonnés recevront un ebook avec tous mes conseils, liens, supports etc pour pouvoir travailler chez eux. Je sais que tu en fais partie alors ça t’aidera sûrement à progresser !

    • De rien Elodie, j’ai à coeur de partager sur ce sujet car il a révolutionné ma perception de la vie de façon générale. Je ne peux pas le garder pour moi 🙂

  • Ce dessin est canon, c’est vrai ! (et le « compliment » sincère)
    Très intéressant le dialogue avec un « regard » CNV.
    Une hésitation toutefois: pour moi dire « je suis fière de… (ton engagement, ton imagination) » est peut-être inexact mais pas une manifestation de l’ego… On ne parle pas (que) de soi en utilisant cette formule.
    En revanche, je comprends ce que tu veux dire avec ce que cette formule induit: la quête de l’approbation de l’autre, de l’adulte comme motivation; le plus grave pour moi ce sont les parents qui, à l’inverse, disent à leur enfant « je suis déçu, tu M’as déçu »
    Je l’ai entendu dans la bouche d’une Maman l’autre jour et ça m’a fait mal pour l’enfant…

    • Oui effectivement on ne parle pas que de soi quand on dit « je suis fière de toi », mais la fierté reste un sentiment de l’égo, ce qui change c’est la façon de l’exprimer : est-ce qu’on parle effectivement de la personne qui nous rend fière en plus de notre personne, ou est-ce qu’on se concentre sur nous. On a eu un échange très intéressant hier là-dessus à l’atelier de CNV. Une de mes amies racontait une situation et a dit qu’elle disait souvent à ses enfants « Je suis tellement fière d’être votre maman ». Ce qui est différent de « Je suis tellement fière de vous/votre engagement, votre imagination », même si au final le sens global est le même. La différence est subtile mais elle existe : dans le premier cas, on est fier et la fierté réside de ce qu’on est nous, on est fiers d’être, soi-même, quelqu’un ou d’avoir un rôle particulier. Ici, être la mère de quelqu’un. Dans le second cas, on est fiers de quelque chose qui appartient à quelqu’un d’autre : l’imagination d’un enfant lui appartient par exemple. En être fiers, c’est s’arroger quelque part la paternité de cette qualité qu’à l’enfant. On se valorise à travers les capacités de l’enfant. Est-ce que tu vois où se situe la nuance ?

      Et sinon je suis entièrement d’accord avec toi. Dire à un enfant qu’IL nous a décu c’est juste horrible. Ce n’est pas l’enfant qui est décevant. En revanche, on peut être déçu parce que nous avions un besoin de quelque chose intimement et que telle ou telle action n’a pas comblé ce besoin. Mais en aucun cas ce n’est l’enfant qui est décevant…quelle pression horrible sur ses épaules !

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