Une certaine vision du bonheur

Ce matin j’ai eu l’occasion de lire, via la Une d’hellocoton, un billet intéressant dans lequel l’auteure se demandait si nos enfants étaient trop pourris gâtés. J’ai commenté là bas, mais j’ai du synthétiser ma réponse pour ne pas écrire un roman…et j’ai donc envie de publier l’ensemble de ma réflexion ici.

On l’entend souvent, ce terme, pourris gâtés. Il est lourd de sens. Le fruit gâté, pourri, c’est celui qui s’est abîmé, souvent par l’intérieur, par le trognon, par le noyau. Qui s’est décomposé lentement pour finalement tomber de son arbre, et ne rien donner. J’ai appris récemment par mon amoureux, grand ami des plantes, que le fruit est en fait souvent un « faux fruit » : il est là pour protéger l’essence de l’arbre, sa graine. Il enveloppe et nourrit le pépin, cette graine qui ensuite donnera d’autres arbres et perpétuera ainsi l’espèce.

C’est elle, le vrai fruit. La graine est le trésor à protéger.

Elle est tellement résistante que le « faux fruit » sert d’appât, afin que les animaux l’ingèrent et que leurs sucs digestifs attaquent l’enveloppe de la petite graine qui attend patiemment son tour. Une fois ressortie à l’autre bout de la chaîne, débarrassée de sa protection, elle germera enfin pour donner un nouvel arbre, et le cycle reprendra.

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Image libre de droits sur Pixabay

En chacun de nous, il y a une graine.

Certains l’appellent le coeur, d’autres y verront l’âme. C’est la nourriture que l’on donne à cette graine, cachée tout au fond de notre être, qui fait de nous ce que nous sommes. Une graine en carence cherchera à combler ses manques, pour continuer à vivre, quand une graine bien nourrie aura le bonheur de s’épanouir pleinement, presque à l’infini si l’on considère que la spiritualité par exemple, n’a pas de limites données.

Qu'est-ce qui nourrit la graine humaine ?

Dans notre monde occidental, on fait croire aux Humains que pour Être, il faut Avoir. On le constate très simplement d’ailleurs au quotidien, lorsque l’on fait le point sur sa vie et qu’on se dit qu’on a un travail, une maison, des enfants, de quoi partir en vacances, ou tout autre élément d’une liste concrète qui permet de se situer sur une échelle du niveau de vie et qui serait, somme toute, une échelle de mesure du bonheur. On mesure a priori la valeur de nos voisins à leur situation professionnelle, à leur déclaration d’impôts ou au nombre de séjours au ski qu’ils peuvent se permettre de payer. Plus on a, plus on est. On devrait donc être comblés, non ? Et pourtant, plus on a, plus on a envie d’avoir. Alors, Avoir serait-il un mirage ? Avoir, ne serait-ce pas la solution que l’on trouve quand on ne peut pas Être ?

Adultes comme enfants, nous cherchons toujours à Avoir. Quand l’enfant voudra un énième jouet alors que la porte de sa chambre ne ferme déjà plus tant elle pleine, l’adulte voudra un énième vêtement alors que son placard plie sous le poids des tenues inutilisées. Combien sommes-nous, en cas de coup de mou, à être pris de fièvre acheteuse, à ressentir un intense besoin de s’approprier quelque chose de nouveau, pour se sentir à nouveau satisfaits ? Moi la première, j’ai bien connu ces sensations, et je suis heureuse d’avoir compris, assez récemment d’ailleurs, pourquoi elles me nuisaient.

Travailler d'abord, vivre ensuite.

Tableau quotidien d’une famille normale partout en occident. Le matin, dans la course contre le temps, la maison est une ruche où tout le monde bourdonne activement, qui préparant le sac d’école, qui habillant les enfants, qui vérifiant qu’il n’a rien oublié pour partir au travail, qui regardant sa montre en se disant « on est encore en retard, dépêchez-vous les enfants ». Le soir, dans une nouvelle course effrénée, la porte s’ouvre et la ruche reprend son ballet. Bain, devoirs, dîner, histoire, bisou, au revoir. Au final, les familles auxquelles il reste moins d’une heure par jour pour vivre vraiment, ensemble, sont loin d’être rares. Dépossédés de nos relations humaines vitales, on compense alors nos manques en achetant du bonheur, ou plutôt ce qu’on nous dit être le bonheur, sous diverses formes. Et pour pouvoir continuer à acheter ce bonheur que l’effervescence de nos vies nous empêche de puiser dans le coeur, on retourne au travail, on fait des heures supplémentaires, parce que de nos jours ce qu’on appelle bonheur coûte cher et que si on ne peut plus le financer, comment va-t-on faire ? Et la boucle est bouclée.

Notre graine intime petit à petit se carence, et pour combler nos manques on s’attache aux sensations agréables que l’Avoir nous offre de temps en temps. On les guette, on les poursuit, espérant toutes les occasions d’Avoir, pour avoir l’impression d’Être à nouveau.

Mais, le bonheur ne se calcule pas par la somme des Avoirs.

Le bonheur réside effectivement dans tout ce que l’argent n’apportera jamais, dans tout ce que le plus beau mobilier n’apportera jamais, dans tout ce que tous les jouets du Monde n’apporteront jamais, dans tout ce que les plus belles carrières n’apporteront jamais. Le bonheur, celui qui nourrit notre graine intérieure, qui attise notre spiritualité, qui nous donne l’énergie d’Être vraiment, réside dans ces choses de la Vie qui n’ont aucun prix : l’amour, la bienveillance, la coopération, l’altruisme, et que tout l’argent sur cette Terre ne pourra jamais acheter.

En restant dans l’optique d’Être par l’Avoir, on ne peut que s’enfermer dans un fruit qui petit à petit mourra de l’intérieur, pour finir par tomber de son arbre sans plus jamais grandir. On ne choisit pas cette façon d’Être, c’est notre culture qui nous l’inculque, et pour s’en défaire il est nécessaire de retrouver du temps. Le temps d’apprendre à se connaître soi-même, ce qui est devenu presque impossible dans le rythme moderne de nos vies. Le temps d’apprendre à connaître les autres, et notamment nos enfants, qui sont la source d’amour la plus inépuisable sur cette Terre, qu’on croit connaître mais qui finalement passent parfois plus de temps d’éveil en dehors de la maison que dedans. Le temps d’écouter et reconnaître nos besoins profonds, ceux qui nous poussent à nous engouffrer dans les magasins, à accumuler compulsivement, à entasser sans relâche. Et ainsi savoir, enfin, de quoi nos vies ont besoin pour être heureuses.

Cette machine à laver, suis-je vraiment obligée de l’étendre maintenant alors que mes enfants vont se coucher dans une demie-heure et que passer cette demie heure avec eux, parfois rien qu’en les regardant jouer, suffirait peut-être à nourrir ma petite graine d’une dose d’amour supplémentaire ?

Ces cadeaux de Noël qu’on reconnaît normalement à leur forme bien emballée, ne pourraient-ils pas se dématérialiser et se transformer en temps offert, en moments de qualité qui resteront bien plus inoubliables que la énième poupée d’un coffre déjà trop bourré ?

Nous avons besoin d'Etre.

Pour Être, nous avons besoin de liens forts avec les Autres. Pour Avoir, nous n’avons besoin que de moyens, et malgré ce qu’on nous fait croire, c’est plus simple à obtenir que la force du lien. Pour Être et ne plus avoir besoin d’Avoir sans cesse, il faut d’abord entamer un long voyage au fond de soi, puis vers les Autres.

Se re-connaître.

Le bonheur n’est pas une destination. C’est une façon de voyager. (Roy Goodman)

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